Conflits armés, constructions de paix et ordre international
Guerre : Conflit armé organisé entre au moins deux acteurs (États, groupes armés).
Paix : Absence de conflit armé ; idéal à atteindre.
Comment expliquer l'évolution des formes de conflits et les obstacles à la construction d'une paix durable ? La paix impose-t-elle une remise en question profonde des structures politiques et sociales ?
| Concept | Définition |
|---|---|
| Conflit | Lutte ouverte entre au moins 2 acteurs, formes variées (armée, idéologique, cyber) |
| Génocide | Intention spécifique de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux |
| Crime contre l'humanité | Actes inhumains commis dans le cadre d'une attaque généralisée contre population civile |
| Terrorisme | Utilisation de la violence pour atteindre un but politique ; cible civils et opinion publique |
| Djihad global | Concept Al-Qaïda : combat mondial contre les "ennemis lointains" (Occident) |
| Responsabilité de protéger | Principe ONU [2005] : droit d'ingérence humanitaire en cas de crimes massifs |
| Cessez-le-feu | Interruption bilatérale des hostilités (peut être temporaire) |
| Armistice | Accord formel de cessation des combats précédant traité de paix |
| Traité de paix | Accord négocié (paix positive) ou imposé au vaincu (paix négative) |
Révolution militaire ([XVIe-XVIIIe siècles]) : États monopolisent la violence légitime via armées nationales professionnelles
Guerres de masse ([1792 onwards]) : Guerres dynastiques → guerres nationales idéologiques (passage à l'absolu)
Guerres irrégulières contemporaines ([1988-present]) : Dépassement du modèle clausewitzien ; acteurs non-étatiques transnationaux
Selon l'historien BRIAN M. DOWNING, la "révolution militaire" est responsable des changements politiques majeurs en Europe.
Caractéristiques principales :
Conséquence majeure : Nécessité d'un État fort capable de contrôler ces armées croissantes → monopole de l'État sur la violence légitime
La révolution militaire des XVIe-XVIIIe siècles transforme profondément les structures politiques européennes. Cette révolution n'est pas qu'une affaire militaire, c'est une révolution politique.
Avant cette période, les armées étaient fragmentées, composées de mercenaires et de troupes féodales peu fiables. Avec l'arme à feu et les nouvelles fortifications, l'investissement militaire devient colossal.
Seul un État centralisé, capable de lever l'impôt et de mobiliser les ressources nationales, peut soutenir ces armées permanentes et professionnelles. C'est l'émergence de l'État-nation moderne avec son monopole sur la violence légitime (Max Weber).
Cette centralisation du pouvoir modifie aussi les relations diplomatiques : les États deviennent les seuls acteurs reconnus des relations internationales (Westphalie, 1648).
CARL VON CLAUSEWITZ ([1780-1831]) observa les guerres révolutionnaires et napoléoniennes.
Contribution majeure :
Distinction entre guerre réelle (pratique) et guerre absolue (théorie)
| Guerre Réelle (Pratique) | Guerre Absolue (Théorie) |
|---|---|
| Soumise au peuple (adhésion nécessaire) | Échappe au contrôle politique |
| Proportionnée aux moyens disponibles | Escalade infinie des moyens |
| Outil au service des buts politiques | Extermination de l'adversaire |
| S'arrête à l'obtention de l'objectif | Paix quand incapacité à combattre |
Enseignement clé : La paix devient objective quand la victoire semble improbable ou son coût trop élevé.
Clausewitz offre une analyse nuancée de la guerre. Il reconnaît qu'en théorie, une fois la machine de guerre déclenchée, il n'y a pas de limites naturelles à son escalade. Chaque belligérant veut anéantir l'autre pour être sûr de ne pas être attaqué.
Mais dans la pratique, les guerres réelles sont toujours limitées par :
La phrase célèbre : "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens" signifie que la guerre, malgré son horreur, reste un instrument de politique étrangère. Elle ne devient jamais purement irrationnelle ; elle sert toujours des buts politiques.
Cette théorie reste applicable au XXe siècle (WWI, WWII) mais elle est contestée au XXIe siècle par VAN CREVELD pour les guerres irrégulières où les motifs sont religieux ou ethniques, pas politiques.
Transition guerres dynastiques → guerres nationales :
| Guerre du 18e siècle | Guerre Révolutionnaire (1792+) |
|---|---|
| Armées professionnelles | Armées de masse |
| Raison = moteur | Passion = moteur |
| Objectifs territoriaux limités | Objectifs idéologiques illimités |
| Violence contenue | Violence affirmée / absolue |
Exemples :
Conclusion : Les guerres révolutionnaires marquent la montée aux extrêmes : la guerre cherche à détruire l'adversaire idéologiquement et militairement.
La Révolution française marque un tournant décisif dans la nature de la guerre. Avant 1789, les guerres étaient essentiellement des affaires de princes, limitées dans leurs objectifs (conquête territoriale) et leurs moyens (armées professionnelles et limitées).
Avec la Révolution, la guerre devient une affaire nationale. Le peuple est mobilisé, conscrit, excité par l'idéologie révolutionnaire. La lévée en masse produit des armées géantes jamais vues avant. La violence s'amplifie exponentiellement.
Napoléon amplifie ce phénomène en transformant les guerres révolutionnaires en guerres d'expansion, mais en conservant la logique de mobilisation totale et de violence absolue.
Ce modèle de "montée aux extrêmes" s'accentue au XXe siècle (guerres mondiales) où la distinction entre civils et soldats s'efface progressivement.
Exemple : WWI voit les civils envoyés aux tranchées massivementpar conscription ; WWII introduit les bombardements systématiques de villes civiles (logique de destruction totale).
VAN CREVELD critique l'actualité du modèle clausewitzien :
Caractéristiques guerres irrégulières :
Martin van Creveld, historien militaire israélien, argue que le modèle clausewitzien ne peut pas expliquer les guerres contemporaines qui ne suivent pas la logique de l'État-nation.
Les guerres irrégulières impliquent des acteurs non-étatiques (Al-Qaïda, Daech, guérillas, milices) qui n'ont pas les mêmes objectifs que les États. Leur motif n'est pas l'expansion territoriale ou la domination politique classique, mais souvent des fins idéologiques, religieuses ou ethniques.
Ces groupes n'acceptent pas les règles du droit de la guerre (distinctions civils/combattants, armes autorisées, etc.). Ils ciblent délibérément les civils et refusent les négociations.
Leur logique stratégique est différente : il s'agit moins de battre l'ennemi que de maintenir une présence militaire et d'influer sur l'opinion publique (terrorisme). La durée compte plus que la victoire rapide.
Exemple : Al-Qaïda ne peut pas battre les USA militairement, mais cherche à infliger des coûts psychologiques et économiques (attentats, instabilité).
Contexte : Assassinat de Sarajevo [28 juin 1914] → Conférence de Paris [janvier 1919] (Traité de Versailles)
Débat historiographique sur les responsabilités :
Enjeu politique : Article 231 du Traité de Versailles déclare Allemagne coupable → humiliation → germe de la revanche (1939)
DE GAULLE ([18 juin 1940]) crée la légitimité résistante et le concept de résistancialisme : tous les Français ont résisté de la même manière (mythologie politique).
Réalité : Collaboration, indifférence, et résistance coexistent. Mémoire officielle française occulte les nuances.
Facteurs d'apaisement post-guerre :
Durée : [novembre 1954 - mars 1962] ; officiellement appelée "guerre" depuis [18 octobre 1999]
Enjeux :
Protagonistes :
Bilan humain [1954-1962] :
Mémoires conflictuelles (1960-1970) :
Fondation : [1988] au Pakistan par OUSSAMA BEN LADEN (après guerre Afg. vs URSS)
Concept : Djihad global = combat mondial contre "ennemis lointains" (Occident) et "ennemis proches" (régimes musulmans modérés)
Première organisation terroriste à vocation mondiale
Attentats signature :
Formation : [2006] (scission Al-Qaïda) ; chef ABOU BAKR AL-BAGHDADI
Logique différente d'Al-Qaïda :
Attentats :
Évolution :
Paix négative vs paix positive : La paix durable exige résolution des causes profondes, pas simple cessation des hostilités
Traités historiques : Westphalie ([1648]) → SDN ([1919]) → ONU ([1945]) = évolution du droit international
Opérations de maintien de la paix (OMP) : Évolution de peacekeeping (interposition) à peace enforcement (imposition militaire)
Processus hiérarchisé :
Obstacle majeur à la paix durable : L'impossibilité de signer une "paix positive"
Les traités humiliants envers le vaincu créent un désir de revanche générationnel :
Exemple : Traité de Versailles ([1919]) → France cède Alsace-Moselle → germe de WWII
Quand le peuple n'adhère pas aux négociations politiques → échec durable
La construction de la paix suit une logique progressive. On ne peut pas sauter les étapes ; essayer de passer directement à un traité sans cesser-le-feu mène à l'échec.
Le cesser-le-feu est le moment le plus délicat. Les combats s'arrêtent, mais les tensions restent extrêmes. Des groupes radicaux refusent souvent le cessez-le-feu et poursuivent les attaques, menaçant l'accord.
L'armistice est plus formel ; c'est un accord préalable au traité de paix. Il établit les conditions de base : retrait des troupes, échange de prisonniers, etc.
Le traité lui-même peut être négocié (les deux parties acceptent) ou imposé (le vainqueur dicte ses conditions). Les traités imposés créent du ressentiment et plantent les graines de futurs conflits.
La paix durable exige non seulement un accord officiel mais aussi la réconciliation et la reconstruction. C'est là qu'interviennent les traités supplémentaires, les commissions d'enquête sur les crimes de guerre, et les opérations de maintien de la paix.
Contexte : Guerre de Trente ans ([1618-1648]) en Europe (guerres religieuses + politiques)
Belligérants :
Traités [août 1645] : après 5 ans de négociations
Innovations majeures :
| Plan Juridique | État détient la souveraineté exclusive ; seul acteur des relations internationales |
|---|---|
| Plan Diplomatique | 1ère grande conférence réunissant puissances rivales ; égalité et indépendance |
| Plan Géopolitique | Fin des guerres religieuses entre États (mais pas fin des guerres civiles) |
Limitation : Crée une paix négative (absence de guerre), pas une paix durable résolvant causes profondes
Westphalie marque un tournant fondamental dans l'histoire des relations internationales. Pour la première fois, les puissances européennes reconnaissent mutuellement leur souveraineté et acceptent une système basé sur l'équilibre des puissances plutôt que sur la domination religieuse ou impériale.
Avant Westphalie, l'ordre européen était chaotique. La Guerre de Trente ans avait ravagé l'Europe centrale et montré l'impossibilité d'imposer l'unité par la force. Le Saint Empire Romain Germanique était fragmenté, et aucune puissance n'était capable de dominer l'Europe.
Westphalie établit des principes novateurs :
Cependant, Westphalie ne résout pas les causes profondes des conflits (rivalités économiques, religieuses, dynastiques). C'est une "paix négative" : les États acceptent simplement de coexister et de limiter la violence.
Problèmes de l'ordre westphalien :
Réaction idéaliste : WILSON (USA) après WWI
14 points de Wilson (principes des relations internationales) :
Création SDN ([1919]) : reconnaissance dans Traité de Versailles
Principes SDN :
Structure : Assemblée générale, Conseil, Secrétariat
Succès :
Échecs majeurs :
La Première Guerre mondiale était supposée être "la guerre qui ferait cesser toutes les guerres". Son bilan catastrophique (20 millions de morts) motiva les dirigeants à créer un nouveau système international.
Woodrow Wilson, président américain, proposa les 14 points comme fondement d'une paix durable. Son vision était idéaliste : si les États respectent le droit international et acceptent l'arbitrage collectif, la guerre deviendra impossible.
La SDN était révolutionnaire : c'était la première tentative de créer une organisation internationale permanente, avec des règles communes et un mécanisme de résolution des conflits.
Cependant, la SDN a échoué pour plusieurs raisons :
Contexte : Alliés de WWII créent nouvelle organisation
Charte de l'Atlantique ([14 août 1941]) : entre USA et Royaume-Uni
Création ONU : [octobre 1945], siège NYC
Force armée : Casques bleus fournis par États membres
L'ONU a été créée avec l'intention de corriger les défauts de la SDN. Dès le départ, les vainqueurs de WWII reconnaissaient que la paix ne pouvait reposer que sur la force.
Contrairement à la SDN, l'ONU disposait d'une force militaire (les Casques bleus) capable d'intervenir. De plus, les États-Unis, directement impliqués après WWII, ont accepté d'être membres permanents.
Le système du Conseil de Sécurité avec droit de veto était un compromis : il permettait aux grandes puissances de protéger leurs intérêts, mais aussi de bloquer les décisions unilatérales des autres.
Cependant, la Guerre froide a paralysé l'ONU pendant 45 ans. Les USA et l'URSS s'utilisaient leur veto mutuellement, rendant le Conseil de Sécurité inefficace. Ce n'est qu'après 1989 que l'ONU a pu opérer plus librement.
Biographie : diplomate, sous-secrétaire général ([1993]), secrétaire général ([1997-2006])
Apports majeurs :
MONUA (Angola, [1997-1999]) :
MINUSIL (Afrique de l'Ouest, [1999-2005]) :
Kofi Annan a transformé l'ONU en une organisation plus active et engagée. Avant lui, l'ONU était souvent critiquée comme ineffcace, avec le Conseil de Sécurité paralysé par les vetoes des grandes puissances.
Annan a élargi le concept d'OMP au-delà du simple "peacekeeping" (garder la paix en place). Il a introduit le "peacebuilding" : reconstruire les institutions civiles, renforcer l'État de droit, organiser des élections.
Son concept clé était la "responsabilité de protéger" (R2P) : si un État commet des crimes contre l'humanité, la communauté internationale a le droit et le devoir d'intervenir militairement. Cela a marqué un changement majeur : le droit de souveraineté n'est plus absolu.
Ces opérations en Angola et Sierra Leone ont eu des succès partiels. Elles ont arrêté les guerres civiles, mais n'ont pas éliminé les causes profondes (pauvreté, inégalités). À long terme, la paix durable exige aussi une reconstruction économique et sociale.
Région hautement stratégique : Détroit d'Ormuz (hydrocarbures), Détroit Bab el-Mandeb (accès canal Suez), dimensions mondiales
Enjeux multidimensionnels : ethniques (Arabes, Kurdes), religieux (sunnisme/chiisme), économiques (ressources, eau), géopolitiques (interventions USA, Russie, Iran)
Conflits israélo-palestiniens : du refus de reconnaissance à tentatives de paix fragiles (Oslo, Abraham)
Le Moyen-Orient est une région complexe où plusieurs enjeux se chevauchent et s'entrelacent, rendant la résolution des conflits extrêmement difficile.
Enjeux ethniques : La région est dominée par les Arabes, mais elle compte aussi une importante population kurde. Les Kurdes forment un peuple sans État, dispersé entre la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran. Cette absence d'État rend les Kurdes vulnérables aux discriminations et aux violences.
Enjeux religieux : Le Moyen-Orient est le berceau des trois grandes religions monothéistes. Cependant, la division majeure est interne à l'Islam : la division sunnite/chiite remonte au VIIe siècle et structure encore les conflits contemporains. L'Iran chiite est en concurrence avec l'Arabie Saoudite sunnite pour l'influence régionale.
Enjeux économiques : Le Moyen-Orient possède les plus grandes réserves de pétrole du monde. Cependant, cette richesse est distribuée très inégalement. Les pays pétroliers (Arabie Saoudite, Émirats, Koweït) sont extrêmement riches, tandis que d'autres pays (Yémen, Syrie, Palestine) sont pauvres. Cette inégalité crée des tensions.
Résultats :
Territoires occupés par Israël :
1ère Intifada ([1987-1993]) : commence Gaza
Caractéristiques :
Bilan :
Accords d'Oslo ([1993]) :
Oslo II ([1995]) :
Zones (division ternaire) :
Basculement médiatique ([septembre 2001] : attentats USA) :
[2020] : Accords d'Abraham :
Conséquences humaines :
Conséquences matérielles :
Conséquences sociétales :
Militaire :
Juridique ([novembre 2024]) :
Géopolitique :
Plan paix ONU :
1ère Guerre ([1990-1991]) : Conflit interétatique
2e Guerre ([2003]) : Conflit multinational
Yémen :
Syrie ([mars 2011 - décembre 2024]) :
Interventions étrangères :
Bilan : 7 millions déplacés (externes) ; 6 millions internes ; +500 000 morts + 10 millions blessés
Post-conflit :
| Zone Stratégique | Importance | Acteurs |
|---|---|---|
| Détroit d'Ormuz | [35%] commerce pétrolier mondial | Iran, USA, Émirats |
| Détroit Bab el-Mandeb | Accès canal Suez | Yémen, Arabie Saoudite, Érythrée |
| Cisjordanie | Territories occupés | Israël, Palestine, colonies [210] |
| Bande de Gaza | Enclave palestinienne [2,3 millions] habitants | Israël, Hamas, Égypte |
| Golan | Plateau occupé | Israël (depuis [1967]) / Syrie |
| Koweït | Hydrocarbures | Irak vs coalition ONU |
| Îles Kouriles | Accès Pacifique ; pêche ; pétrole | Russie vs Japon (depuis [1945]) |
| Cachemire | Montagneux, partagé | Inde vs Pakistan ([1948-present]) |
Guerres majeures XXe siècle :
Interventions ONU [2025] :
Enjeux :
Conclusion : paix durable = engagement politique + social sur causes profondes
Le sujet interroge la nature même de la paix. Est-ce simplement l'absence de combats, ou faut-il quelque chose de plus ? Cette question est d'une grande actualité car de nombreux conflits contemporains persistent après des "cessez-le-feu" officiels (Moyen-Orient, Afghanistan, Syrie).
La paix négative est l'arrêt simple des combats. Elle a caractérisé la plupart des traités historiques.
Westphalie (1648) : Met fin à la Guerre de Trente ans, mais crée simplement un équilibre précaire entre puissances. Les tensions religieuses et politiques persistent.
Versailles (1919) : C'est le meilleur exemple de l'échec de la paix négative. Le traité impose des conditions humiliantes à l'Allemagne (article 231 la déclare coupable, sanctions économiques massives, perte de territoires). Cela crée un ressentiment qui mène directement à WWII.
Problème : Quand le peuple vaincu n'a pas adhéré à la paix, il cherche sa revanche. La cessation des combats n'est que provisoire.
La paix positive vise à éradiquer les causes profondes du conflit. C'est l'approche de l'ONU et des théoriciens de la paix (Galtung).
ONU (1945) : Crée un système de sécurité collective supposé traiter non seulement les conflits mais aussi leurs origines (pauvreté, inégalités).
Responsabilité de Protéger (2005) : Concept ANNAN : la communauté internationale doit non seulement arrêter les combats mais aussi reconstruire les États défaillants.
Oslo (1993) : Tentative de paix positive israélo-palestinienne. Elle vise non seulement un cessez-le-feu mais aussi reconnaissance mutuelle et création d'une entité palestinienne. Cependant, elle reste incomplète (colonies continuent, [20%] territoire palestinien seulement).
Même avec une approche "paix positive", plusieurs obstacles persistent.
Mémoires Conflictuelles : Chaque peuple a sa narration du conflit. Les Allemands voient Versailles comme injuste ; les Français comme juste châtiment. Réconcilier ces mémoires est extrêmement difficile.
Désir de Revanche : Même après des générations, les peuples vaincus cherchent la revanche. L'Allemagne de WWII est motivée par l'humiliation de Versailles (20 ans plus tôt).
Inégalités Persistantes : Si les causes économiques et sociales ne sont pas traitées, la paix ne tiendra pas.
La paix ne peut pas être simplement la cessation des hostilités. Elle exige un engagement profond sur les causes : réconciliation entre peuples, reconstruction économique et sociale, et réforme des structures politiques qui ont engendré le conflit.
Cependant, même les meilleures intentions ne garantissent pas une paix durable. Oslo montre que même une approche positive peut échouer si le contexte géopolitique reste hostile.
Enjeux :
Carl von Clausewitz a fourni le cadre analytique dominant pour comprendre la guerre pendant plus de 200 ans. Mais les guerres du XXIe siècle, caractérisées par le terrorisme, les mouvements rebelles et les conflits ethniques, semblent ne pas suivre son modèle. La question est donc : Clausewitz est-il obsolète ?
Prémisse : "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens"
Cela signifie :
Exemples historiques :
Martin van Creveld, dans The Transformation of War, argues que les guerres contemporaines ne suivent pas le modèle clausewitzien parce que :
Al-Qaïda :
Daech :
Si Clausewitz ne décrit plus les guerres contemporaines, comment les OMP doivent-elles s'adapter ?
Les guerres irrégulières contemporaines dépassent partiellement le modèle clausewitzien. Clausewitz reste valide pour les conflits interétatiques (où les États ont des buts politiques rationnels). Mais il faut ajouter une nouvelle catégorie pour les guerres irrégulières où les motifs sont religieux/ethniques, les acteurs non-étatiques, et les fins sont indéfinies.
Cela a des implications majeures pour les OMP : on ne peut pas résoudre une guerre irrégulière simplement en traitant les causes politiques (comme pour un conflit interétatique). Il faut aussi traiter les racines religieuses et sociales.
Enjeux :
Depuis la fin de la Guerre froide, les interventions internationales se sont multipliées. Elles visent officiellement à apporter la paix et la stabilité. Mais la question est : ces interventions réussissent-elles ou aggravent-elles les conflits ?
Opérations sous Kofi Annan :
Angola (MONUA, 1997-1999) :
Sierra Leone (MINUSIL, 1999-2005) :
Bilan OMP : Elles arrêtent les combats (peacekeeping) mais ne reconstruisent pas vraiment les sociétés (peacebuilding). La paix est donc fragile.
Cas limite : Irak (2003)
Cet exemple montre comment une intervention peut aggraver la situation.
Cas limite : Moyen-Orient Général
Plusieurs puissances interviennent en Syrie :
Ces interventions contradictoires empêchent une solution. Chaque puissance étrangère soutient une faction, ce qui complique les négociations locales.
UNMOGIP depuis 1948 : Opération de maintien de la paix entre Inde et Pakistan pour le Cachemire. Bilan : toujours en conflit après 75 ans.
Cela montre que même une présence ONU prolongée ne peut pas résoudre un conflit si les parties ne veuillent pas négocier.
Oslo (1993) : Exemple de ce qui marche partiellement.
Les interventions internationales ont des effets mixtes. Les OMP (peacekeeping simple) peuvent arrêter les combats mais ne reconstruisent pas vraiment les sociétés. Les interventions militaires unilatérales (comme Irak 2003) peuvent aggraver les choses.
La stabilité régionale durable exige :
Problématique : Région connaît [75+ ans] tensions (depuis [1948]). Malgré ONU, interventions, traités (Camp David [1979], Oslo [1993], Abraham [2020]), guerres persistent.
Conclusion : Paix au Moyen-Orient exige non seulement accord politique local, mais consensus international (USA, Russie, Iran) → rare
Le Moyen-Orient offre un laboratoire parfait pour étudier pourquoi la paix durable est si difficile. Depuis la création d'Israël en 1948, la région connaît une succession de guerres, de tentatives de paix, et d'interventions internationales. Pourtant, la paix durable reste insaisissable.
Les conflits au Moyen-Orient ne sont pas simplement politiques. Ils sont multidimensionnels.
Enjeux ethniques : Arabes vs Kurdes, Juifs vs Arabes. Ces distinctions ethniques créent une hiérarchie : certains groupes dominent, d'autres sont marginalisés. La Nakba palestinienne (expulsion de 1948) a créé une génération de réfugiés dont les droits ne sont toujours pas reconnus.
Enjeux religieux : Sunnisme vs chiisme. Cette division date du VIIe siècle mais structure les conflits contemporains. L'Iran chiite s'oppose à l'Arabie Saoudite sunnite pour l'influence régionale. Cette rivalité religieuse complique les négociations, car elle engage des identités profondément enracinées.
Enjeux économiques : Le Moyen-Orient possède 48% des réserves pétrolières mondiales. Mais cette richesse est très inégalement distribuée. Les pays pétroliers (Arabie Saoudite, Émirats) sont riches ; les autres (Palestine, Yémen, Syrie) sont pauvres. Cette inégalité crée des tensions et alimente les conflits.
Chaque peuple raconte une histoire différente du conflit.
Côté palestinien : La Nakba (1948) est l'expulsion de 700 000 Palestiniens. Pour eux, c'est une catastrophe, un nettoyage ethnique. Leurs droits de retour ne sont toujours pas respectés.
Côté israélien : La création d'Israël est une légitimité historique. Les Juifs ont un lien historique à la terre, et Israël est vu comme un refuge après l'Holocauste.
Ces deux narratifs sont incompatibles. Comment réconcilier le "droit de retour" palestinien avec la "sécurité" israélienne ? TODOROV dit que l'historien doit séparer les rôles du politicien et de l'historien. Mais c'est exactement le problème : les mémoires politiques conflictuelles empêchent une compréhension objective de l'histoire.
Le Moyen-Orient ne peut pas se résoudre localement, car les puissances étrangères (USA, Russie, Iran, France) y interfèrent constamment.
Ces interventions contradictoires perpétuent les conflits. Chaque puissance étrangère soutient une faction, ce qui rend les négociations locales impossibles.
Plusieurs tentatives ont échoué ou partiellement réussi.
Camp David (1979) : Égypte et Israël signent la paix. Succès : Israël rend Sinaï à l'Égypte. Mais cela isole l'Égypte du reste du monde arabe. Anwar Sadate est même assassiné pour avoir "trahi".
Oslo (1993) : Israéliens et Palestiniens se reconnaissent mutuellement. Succès partiels : création d'une autorité palestinienne, cessez-le-feu durable (15 ans). Mais limite majeure : Israël ne cède que [20%] du territoire palestinien. Les colonies continuent de s'étendre. Les Palestiniens sont "emprisonnés" dans des zones (A/B/C).
Abraham (2020) : Trump convainc pays arabes (Maroc, Émirats, Soudan) de reconnaître Israël. Succès économique : commerce, investissements. Mais limite : Palestine est abandonnée. Ces pays arabes sacrifient les Palestiniens pour des intérêts commerciaux avec Israël.
L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 marque un tournant. La réaction israélienne a été extrême : 70 000+ morts à Gaza, destruction urbaine massive ("urbanicide"). La CPI ouvre des enquêtes pour crimes de génocide et humanité.
Cette nouvelle escalade est symptomatique : les négociations (Oslo, Abraham) ont échoué à résoudre les causes profondes. Les Palestiniens restent opprimés, les Israéliens insécurisés. La violence revient.
La paix au Moyen-Orient reste insaisissable parce qu'elle exige non seulement un accord politique entre israéliens et palestiniens, mais aussi :
Tant que ces conditions ne sont pas réunies, la paix durable restera hors de portée. Le Moyen-Orient est donc un exemple paradigmatique de pourquoi la paix positive (résolution des causes) est si difficile à atteindre.
Problématique : ONU déploie [80 000] casques bleus. Succès Angola, Sierra Leone vs échecs Irak, Syrie, Palestine.
Exemple contre-productif : Irak [2003]
Conclusion : OMP efficace pour peacekeeping (maintenir status quo) ; inefficace pour peacebuilding (reconstruire paix durable). Exige accord régional (Oslo tentait ; Palestine demand+ juste, Israël concessions insuffisantes)
L'ONU déploie actuellement 80 000 casques bleus dans le monde. L'idée est que la présence internationale peut arrêter les conflits et apporter la paix. Mais est-ce efficace ?
Les opérations de maintien de la paix ont évolué depuis 1956.
1ère génération (peacekeeping) : Interposition simple. Les casques bleus se positionnent entre deux belligérants pour observer le cessez-le-feu. Exemple : Chypre (depuis 1964). Efficace pour arrêter les combats, mais ne résout rien à long terme.
2ème génération (peacemaking + peacebuilding) : Après la Guerre froide. OMP non seulement arrêtent les combats mais aussi font respecter les droits de l'homme, organisent des élections, reconstruisent les institutions. Exemple : Angola (MONUA, 1997-1999). Partiellement efficace.
3ème génération (peace enforcement) : Imposition militaire, indépendante du consentement. Les casques bleus ne demandent pas la permission ; ils imposent la paix. Exemple : Libération du Koweït (1991) par coalition ONU. Très efficace militairement.
Angola (MONUA) : Opération modeste (3000 casques bleus, 17 morts ONU). Résultat : après 20 ans de guerre civile, les combats se sont arrêtés. MLPA a consolidé le pouvoir. Bilan mixte : succès militaire (cessez-le-feu), limite économique (pauvreté persiste).
Sierra Leone (MINUSIL) : Guerre civile entre RUF (groupe rebelle très violent) et gouvernement. OMP intervient avec success : RUF désarmé, élections démocratiques. Paix fragile mais mieux qu'avant.
Bilan : Ces opérations ont arrêté les combats, ce qui est déjà un succès. Mais elles n'ont pas éliminé la pauvreté ou les inégalités qui causaient les guerres. La paix reste fragile.
Palestine : Plusieurs tentatives ONU ont échoué ou partiellement réussi. Oslo (1993) a créé une autorité palestinienne, mais Israël n'a jamais accepté d'accorder l'indépendance complète ni de stopper les colonies. Aujourd'hui, Palestiniens sont dans des zones fragmentées.
Irak (2003) : C'est un cas où l'intervention a empiré les choses. USA contourne l'ONU, lance une invasion pour renverser Saddam. Conséquence : Sunnites marginalisés, Chiites au pouvoir, création de Daech, millions de morts. L'intervention a créé un cauchemar bien pire que le régime précédent.
Cachemire (UNMOGIP depuis 1948) : 75+ ans de présence ONU, et le conflit persiste. Inde et Pakistan refusent toujours de négocier sérieusement.
Limitation 1 : Traitement des symptômes, pas des causes
Les OMP arrêtent les combats (symptôme) mais ne résolvent pas les causes : pauvreté, inégalités, oppression politique, mémoires conflictuelles. C'est comme traiter une fièvre sans soigner l'infection.
Limitation 2 : Dépendance du consentement local
Les OMP ne fonctionnent que si les belligérants veuillent la paix. Si une faction refuse (ex: Hamas refuse Oslo), les OMP ne peuvent rien faire.
Limitation 3 : Absence de mandat militaire suffisant
Les casques bleus ne sont généralement pas autorisés à imposer la paix. Ils peuvent interposer et observer, mais ils ne peuvent pas vraiment combattre. Cela les rend vulnérables.
Limitation 4 : Manque de ressources pour la reconstruction
Le budget ONU pour les OMP est d'environ 5 milliards $ par an pour 80 000 casques bleus. C'est énorme, mais insuffisant pour la reconstruction (écoles, hôpitaux, routes) qui exigerait des centaines de milliards.
Le Conseil de Sécurité a 5 membres permanents (USA, Russie, Chine, Royaume-Uni, France) avec droit de veto.
Exemple Irak (2003) : USA veut envahir l'Irak. France, Chine, Russie votent contre à l'ONU. USA contourne le système, forme une coalition privée, et envahit de toute façon. L'ONU est paralysée.
Exemple Syrie : Russie et Chine vetent les résolutions ONU demandant l'intervention. Conséquence : Assad massacre 500 000 Syriens, et l'ONU ne peut rien faire.
Les OMP sont efficaces pour une seule chose : arrêter les combats (peacekeeping). Pour cela, elles valent le coût.
Mais elles sont inefficaces pour résoudre vraiment les conflits (peacebuilding). Les causes profondes (pauvreté, inégalités, mémoires blessées) restent non résolues.
De plus, les OMP sont paralysées par la géopolitique. Si une grande puissance s'y oppose, elle peut vetero l'action ONU.
Conclusion : Les OMP sont nécessaires mais insuffisantes. Pour une paix vraiment durable, il faut :
Faire la guerre, faire la paix résume les défis de la stabilité internationale depuis Westphalie ([1648]).
Conflits se "transnationnalisent" (Moyen-Orient + Ukraine + Taïwan). ONU + CPI doivent adapter OMP pour paix durable, pas cessation temporaire.
[1648] Westphalie | [1919] Versailles | [1945] ONU | [1993] Oslo | [2005] Responsabilité de protéger
CLAUSEWITZ : "guerre = continuation politique" | TODOROV : "séparer politicien et historien" | WILSON : [14 points]
Distinction : paix négative / positive | peacekeeping / peace enforcement | guerre réelle / absolue